on aime… Mara

J’avais hâte d’entendre le nouvel album de Mara Tremblay. Intitulé Uniquement pour toi, ce nouvel album marque un retour en force de la quasi-légendaire autrice-compositrice-interprète.

Sur cet opus réalisé avec son ami fidèle Olivier Langevin (Galaxie), on retrouve la Mara des beaux (et des moins beaux) jours, celle qui nous pitche ses émotions dans la face, les pires comme les meilleures. Un album qui parle d’amour autrement.

L’amour de soi-même, de ses forces, de ses moments de faiblesse. Dans ses propres mots à elle, ou dans ceux du toujours magnifique Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque), qui lui a écrit deux beaux textes.

Sur Uniquement pour toi, Mara nous fait voyager, par exemple sur Je reste ici, une chanson d’amour pour Nashville, où elle était allée se ressourcer pour l’écriture de l’album, ou sur la très électropop Paris, où elle parle de la liberté retrouvée, de la confiance en soi qui revient, même quand le coeur saigne.

Mara se montre également très maternelle, notamment sur Si belle, inspirée par son fils Victor qui n’avait pas pu la rejoindre à Nashville, ou sur la touchante Comme un cadeau, inspirée par son beau Édouard d’amour.

Sur On verra demain, on apprend à mieux accepter ces moments plus sombres, quand les démons apparaissent dans nos têtes. Quant à la très belle Le plus beau des désastres, écrite avec Langevin, on retrouve la Mara aux émotions exubérantes nous raconter ce qui se passe quand elle entre dans un tourbillon émotif.

On reconnaîtra très clairement la poésie de Lafleur sur Le jour va où tu le mènes (avouez que c’est son genre de titre) et Il me faut l’amour, mais Mara habite tellement ces chansons qu’on n’aurait jamais deviné que Lafleur a écrit ces textes si on ne nous l’avait pas dit.

Si la chanson Dessiner ton visage ressemble un peu à une toune de Beck, époque Mutations, c’est voulu. Mara et Langevin ici nous font le coup de la chanson sur l’amitié, sur l’importance d’être là l’un et l’autre autant pour les hauts que pour les bas. Je vous avoue que cette chanson-là, ces jours-ci, elle me rentre dedans comme un 10 roues sur un chevreuil dans le Parc, avec mes hauts qui donnent les vertiges et mes bas qui me font sentir comme dans une toune d’Antoine Corriveau.

Musicalement, Mara est très loin des chansons de l’époque Chihuahua. En fait, on sent le même genre de rupture qu’avec Tu m’intimides, le même genre d’envie de pousser ses propres limites et de se redéfinir. Les guitares, qui étaient omniprésentes sur les sept albums précédents, s’effacent presque entièrement pour laisser la place aux claviers et aux ambiances éthérées. Ça nous prend un peu par surprise, mais ça le fait comme à notre première écoute de Tu m’intimides. La surprise est fort agréable, et même si on reconnaît certaines lignes mélodiques typiquement Mara, on se met en mode découverte assez rapidement. Et ça, pour un huitième album, alors que bien d’autres seraient restés bien confortablement dans leur pantoufles, c’est fichtrement appréciable.

Uniquement pour toi est un album de printemps qui parle d’hiver. Un album où les fleurs apparaissent sur des cicatrices, où un soleil de feu fait fondre les bancs de neige qui restent dans nos coeurs. Ici, Mara nous dit qu’elle apprend, à la dure, à vivre avec ses côtés un peu plus laids, mais qu’elle y arrive tant bien que mal, en prenant de grandes respirations et en comptant sur le soutien de ses proches.

Aussi bizarre que ça puisse paraître, même s’il n’y a pas de Tout nue avec toi, ni de Les aurores, on n’aurai jamais été autant les bienvenus dans le jardin intime de Mara.

On aime ça.